Colonisation, territoires occupes et droit international : l'occupation la plus longue du XXe siecle
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Résumé
Depuis la Guerre des Six Jours (1967), Israel occupe la Cisjordanie (y compris Jerusalem-Est) et le plateau du Golan, et a occupe Gaza jusqu'en 2005 (puis impose un blocus). La colonisation de ces territoires par des civils israeliens — plus de 700 000 colons en 2025 — est consideree comme illegale par l'ecrasante majorite de la communaute internationale, y compris par un avis consultatif de la CIJ (2004, confirme 2024). Cette question est indissociable de la relation USA-Israel (veto americain systematique a l'ONU) et du contexte geopolitique dans lequel les reseaux d'influence pro-israeliens operent aux Etats-Unis.
Contexte détaillé
1. L'occupation (1967-present)
Territoires occupes apres juin 1967
- Cisjordanie (West Bank) : prise a la Jordanie, 5 860 km2, environ 3 millions de Palestiniens
- Jerusalem-Est : prise a la Jordanie, annexee en 1980 (Loi fondamentale de Jerusalem), annexion non reconnue internationalement
- Bande de Gaza : prise a l'Egypte, occupee jusqu'en 2005 (retrait Sharon), puis sous blocus
- Plateau du Golan : pris a la Syrie, annexe en 1981 (Loi du Golan), annexion non reconnue internationalement (sauf par les USA depuis 2019)
- Sinai : pris a l'Egypte, rendu en 1979-1982 (traite de paix de Camp David)
Cadre juridique international
Selon le droit international humanitaire (4e Convention de Geneve, 1949), une puissance occupante ne peut pas :
- Transferer sa population civile dans les territoires occupes (article 49, alinea 6)
- Annexer des territoires acquis par la force (Charte de l'ONU)
- Modifier le statut juridique du territoire
Israel conteste l'applicabilite de la 4e Convention de Geneve aux territoires occupes, arguant que la Cisjordanie n'etait pas un 'territoire souverain' avant 1967 (la Jordanie l'avait annexee en 1950 sans reconnaissance internationale, sauf du RU et du Pakistan).
2. La colonisation : chronologie et ampleur
Phase 1 : Les colonies 'de securite' (1967-1977)
Governement travailliste. Plan Allon (1967) : colonisation strategique de la vallee du Jourdain et des hauteurs entourant Jerusalem pour creer une 'profondeur securitaire'. Colonies limitees en nombre mais strategiquement placees. Gush Etzion est reconstruite (ancienne colonie juive detruite en 1948).
Phase 2 : L'acceleration ideologique (1977-1993)
Arrivee au pouvoir du Likoud (Begin, 1977). Le mouvement Gush Emunim ('Bloc de la foi'), fonde en 1974, lance une colonisation ideologique : la Cisjordanie est 'Judee-Samarie', terre biblique que Dieu a promise au peuple juif. Ariel Sharon, ministre de l'Agriculture puis de la Defense, est l'architecte de la colonisation massive.
Nombre de colons en Cisjordanie (hors Jerusalem-Est) :
- 1977 : environ 5 000
- 1983 : environ 22 000
- 1993 : environ 110 000
Phase 3 : Oslo et le paradoxe (1993-2000)
Malgre les accords d'Oslo (1993), la colonisation ne s'arrete pas. Les gouvernements Rabin et Peres construisent des routes de contournement et des 'blocs de colonies'. Netanyahu I (1996-1999) accelere. Barak (1999-2001) n'evacue rien.
- 2000 : environ 190 000 colons (+ 180 000 a Jerusalem-Est)
Phase 4 : Post-Intifada et acceleration (2000-present)
La Seconde Intifada (2000-2005) et l'echec d'Oslo legitimisent la droite coloniale. Sharon lance le desengagement de Gaza (2005) — evacuation de 8 000 colons — mais cela est compense par une acceleration en Cisjordanie.
Chiffres actualises (2025) :
- Cisjordanie (hors Jerusalem-Est) : environ 500 000 colons dans 130+ colonies et 100+ avant-postes illegaux meme au regard du droit israelien
- Jerusalem-Est : environ 230 000 Israeliens dans des quartiers construits sur des terres annexees
- Golan : environ 25 000 colons
- Total : plus de 750 000 colons israeliens dans les territoires occupes
3. Le mur de separation (2002-present)
Construction lancee en 2002 pendant la Seconde Intifada. Justification securitaire (empecher les attentats-suicides). Mais le trace du mur ne suit pas la Ligne verte de 1949 : il penetre profondement en Cisjordanie pour englober les blocs de colonies, annexant de facto 10-15% du territoire palestinien.
Avis consultatif de la CIJ (9 juillet 2004) : le mur est illegal lorsqu'il est construit en territoire occupe. L'Assemblee generale de l'ONU vote la resolution (150 pour, 6 contre dont USA et Israel). Israel ignore l'avis.
4. Le statut de Jerusalem
Jerusalem est au coeur du conflit. Les trois religions monotheistes y ont des lieux saints :
- Judaisme : Mur des Lamentations (Kotel), Mont du Temple
- Islam : Mosquee Al-Aqsa, Dome du Rocher (Haram al-Sharif)
- Christianisme : Saint-Sepulcre, Via Dolorosa
Le plan de partition de 1947 prevoyait un 'corpus separatum' sous administration internationale. Israel a conquis Jerusalem-Ouest en 1948, Jerusalem-Est en 1967. La Loi fondamentale de 1980 declare Jerusalem 'capitale eternelle et indivisible' d'Israel.
La communaute internationale ne reconnait pas Jerusalem comme capitale d'Israel (sauf les USA depuis decembre 2017, Trump). La plupart des ambassades sont a Tel-Aviv.
Les tensions autour de l'Esplanade des Mosquees/Mont du Temple sont un declencheur recurrent de violence (1929, 2000, 2014, 2021, 2023).
5. Gaza : du retrait au blocus (2005-present)
Sharon ordonne le retrait unilateral de Gaza en aout 2005 : 8 000 colons evacues, armee retiree. Le Hamas gagne les elections legislatives (janvier 2006), puis prend le controle de Gaza par la force (juin 2007) apres un conflit avec le Fatah.
Israel et l'Egypte imposent un blocus terrestre, maritime et aerien sur Gaza (2007-present). L'ONU qualifie Gaza de 'plus grande prison a ciel ouvert du monde'. Population en 2023 : 2,3 millions d'habitants sur 365 km2.
Quatre guerres majeures (2008-09, 2012, 2014, 2021) et la guerre de 2023-present, la plus destructrice, avec des allegations de genocide portees devant la CIJ.
6. Le droit international et les poursuites
Resolutions de l'ONU
- Resolution 242 (1967) : retrait des territoires occupes, droit de vivre en paix
- Resolution 338 (1973) : cessez-le-feu et mise en oeuvre de la 242
- Resolution 478 (1980) : non-reconnaissance de l'annexion de Jerusalem
- Resolution 497 (1981) : non-reconnaissance de l'annexion du Golan
- Resolution 2334 (2016) : les colonies n'ont 'aucune validite juridique' (Obama s'abstient, ne met pas son veto)
- Plus de 50 vetos americains sur des resolutions critiquant Israel au Conseil de securite
Cour Internationale de Justice (CIJ)
- 2004 : Avis consultatif sur le mur — illegal en territoire occupe
- 2024 : Avis consultatif — l'occupation est illegale dans son ensemble, Israel doit evacuer tous les colons
- 2024 : Mesures conservatoires dans le cadre de l'accusation de genocide portee par l'Afrique du Sud
Cour Penale Internationale (CPI)
- 2021 : La CPI ouvre une enquete sur les crimes commis dans les territoires palestiniens (colonies comme crime de guerre, operations militaires)
- 2024 : Mandats d'arret contre Netanyahu et le ministre de la Defense Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l'humanite
- Israel ne reconnait pas la competence de la CPI. Les USA non plus.
7. Impact sur les reseaux d'influence
La question des colonies est LE sujet le plus sensible dans la relation USA-Israel :
- Chaque president americain depuis Nixon a declare les colonies 'illegitimes' ou 'obstacle a la paix' (sauf Trump qui a change la position en 2019)
- Le lobbying pro-israelien vise en grande partie a empecher toute pression americaine sur les colonies
- Le Mega Group et les grands donateurs pro-Israel financent massivement les candidats qui soutiennent inconditionnellement la politique de colonisation
- Cette dynamique cree un interet structurel pour Israel a disposer de leviers d'influence sur le processus politique americain — contexte dans lequel les theories d'utilisation du kompromat prennent leur sens
Dates clés
Évaluation de plausibilité
Note de contexte factuel. La colonisation est le ciment du besoin d'influence israelien a Washington : tant que les colonies existent et s'etendent, Israel a un interet vital a empecher toute pression americaine. Ce besoin structurel est le terreau sur lequel poussent les theories de kompromat et d'operations d'influence — ce qui ne prouve pas qu'Epstein en faisait partie, mais contextualise pourquoi Israel aurait eu un motif rationnel de developper de tels leviers.
Sources consultées
- • Idith Zertal & Akiva Eldar, 'Lords of the Land: The War Over Israel's Settlements'
- • Gershom Gorenberg, 'The Accidental Empire: Israel and the Birth of the Settlements'
- • CIJ — Avis consultatif sur le mur (2004)
- • CIJ — Avis consultatif sur l'occupation (2024)
- • Resolution 2334 du Conseil de securite de l'ONU
- • Amnesty International — 'Israel's Apartheid Against Palestinians'
- • Human Rights Watch — 'A Threshold Crossed'
- • B'Tselem — 'A Regime of Jewish Supremacy from the Jordan River to the Mediterranean Sea: This Is Apartheid'
- • CPI — Mandats d'arret Netanyahu/Gallant
- • Wikipedia — Israeli settlements, Legality of Israeli settlements