Iran-Contra et la CIA
Iran-Contra and the CIA
Résumé
Description détaillée
Le scandale Iran-Contra est l'une des affaires politiques les plus graves de l'histoire americaine, impliquant une violation systematique de la loi par de hauts responsables de l'administration Reagan. L'affaire se decompose en deux volets interconnectes qui, ensemble, constituent une operation clandestine d'une ampleur considerable.
LE VOLET IRANIEN : LES ARMES CONTRE LES OTAGES
En 1985, malgre un embargo strict sur les ventes d'armes a l'Iran (en guerre contre l'Irak depuis 1980), l'administration Reagan autorise secretement la vente d'armes a Teheran par l'intermediaire d'Israel. L'objectif officiel est d'obtenir la liberation d'otages americains detenus au Liban par le Hezbollah, allie de l'Iran. Les premieres livraisons d'armes (missiles TOW antichars) sont effectuees en aout et septembre 1985 via Israel. En novembre 1985, des missiles Hawk sont egalement livres. A partir de 1986, les ventes se font directement entre les Etats-Unis et l'Iran, avec le lieutenant-colonel Oliver North du Conseil de securite nationale comme principal coordinateur operationnel.
La contradiction fondamentale est flagrante : l'administration Reagan, qui proclame publiquement une politique de ferme opposition au terrorisme et refuse officiellement de negocier avec les terroristes ou les Etats qui les soutiennent, vend secretement des armes au principal Etat parrain du terrorisme au Moyen-Orient pour obtenir la liberation d'otages.
LE VOLET NICARAGUAYEN : LE FINANCEMENT ILLEGAL DES CONTRAS
Le deuxieme volet concerne le financement des Contras, les rebelles anti-sandinistes au Nicaragua. Le Congres americain avait adopte l'amendement Boland (1982-1984), interdisant explicitement a la CIA et au Departement de la Defense de fournir une aide militaire aux Contras. Pour contourner cette interdiction legale, Oliver North met en place un reseau de financement clandestin surnomme 'The Enterprise'.
La connexion entre les deux volets est la suivante : les profits de la vente d'armes a l'Iran (les Iraniens payent des prix gonfles) sont detournes pour financer les Contras. Cette operation est coordonnee par Oliver North avec l'aide du general Richard Secord et de l'homme d'affaires Albert Hakim.
LES ACTEURS CLES
Oliver North, lieutenant-colonel du Corps des Marines detache au Conseil de securite nationale, est le principal operateur. Il coordonne a la fois les ventes d'armes a l'Iran et le financement des Contras, detruisant des documents compromettants quand le scandale eclate. John Poindexter, conseiller a la securite nationale, supervise North. Robert McFarlane, predecesseur de Poindexter, initie les contacts avec l'Iran. William Casey, directeur de la CIA, est soupconnee d'etre l'architecte de l'ensemble du dispositif, mais meurt d'une tumeur cerebrale en mai 1987 avant de pouvoir temoigner. Le president Ronald Reagan nie avoir ete au courant du detournement des fonds vers les Contras, bien que sa connaissance des ventes d'armes a l'Iran soit etablie. Le vice-president George H.W. Bush nie egalement toute implication significative, ce qui est contredit par plusieurs temoignages et son propre journal intime.
LA REVELATION ET LES CONSEQUENCES
Le scandale eclate le 3 novembre 1986 quand le magazine libanais Ash-Shiraa revele les ventes d'armes a l'Iran. Le 25 novembre 1986, le procureur general Edwin Meese annonce la decouverte du detournement de fonds vers les Contras. Oliver North est licencie, Poindexter demissionne.
La commission Tower (1987) documente les operations mais conclut que Reagan n'etait pas au courant du detournement. Les audiences du Congres (mai-aout 1987) sont televisees et font d'Oliver North une figure polarisante. Le procureur independant Lawrence Walsh mene une enquete de six ans (1986-1993), aboutissant a 14 inculpations et 11 condamnations. Cependant, les condamnations de North et Poindexter sont annulees en appel en raison de l'immunite accordee lors de leurs temoignages devant le Congres. Le 24 decembre 1992, le president Bush (pere) gracie six personnes impliquees, dont l'ancien secretaire a la Defense Caspar Weinberger, sabotant effectivement l'enquete de Walsh.
L'EXTENSION : CIA ET NARCOTRAFIC
Le volet le plus controverseet conspirationniste de l'affaire concerne les allegations de complicite de la CIA dans le trafic de cocaine des Contras. En aout 1996, le journaliste Gary Webb publie 'Dark Alliance', une serie d'articles dans le San Jose Mercury News, alleguant que la CIA avait permis a des trafiquants de cocaine lies aux Contras d'inonder les quartiers noirs de Los Angeles de crack cocaine dans les annees 1980. Webb identifie deux trafiquants nicaraguayens, Danilo Blandon et Norwin Meneses, comme des fournisseurs majeurs de 'Freeway' Ricky Ross, le principal distributeur de crack a Los Angeles.
La serie de Webb provoque une polemique enorme. Les grands journaux americains (Washington Post, New York Times, Los Angeles Times) publient des articles critiquant la methodologie de Webb et la portee de ses conclusions. Le Mercury News finit par se desolidariser partiellement de la serie. Webb est marginalise professionnellement et se suicide en decembre 2004 (deux balles dans la tete, ce qui alimente les theories conspirationnistes, bien que les medecins legistes confirment qu'il s'agit bien d'un suicide).
Cependant, l'inspecteur general de la CIA, Frederick Hitz, publie en 1998 un rapport en deux volumes qui corrobore partiellement les allegations de Webb. Le rapport confirme que la CIA entretenait des relations avec des individus et organisations impliques dans le narcotrafic, qu'elle avait connaissance de cette implication, et qu'un accord secret entre la CIA et le Departement de la Justice en 1982 exemptait la CIA de l'obligation de signaler le trafic de drogue de ses actifs et partenaires. Le rapport ne confirme pas l'allegation selon laquelle la CIA aurait deliberement orchestre l'introduction du crack dans les quartiers noirs.
LE MYSTERE DE MENA, ARKANSAS
Les theories les plus speculatives impliquent l'aeroport de Mena, en Arkansas, comme plaque tournante du trafic d'armes et de drogue lie aux Contras. Le pilote Barry Seal, trafiquant de drogue devenu informateur de la DEA, aurait utilise Mena comme base d'operations. Seal est assassine le 19 fevrier 1986 par des tueurs colombiens. Les theories alleguent que Bill Clinton, alors gouverneur de l'Arkansas, aurait eu connaissance de ou facilite ces operations, ce qui constitue un element non corrobore par des preuves solides.
La 'connexion Mena' reste l'un des aspects les plus speculatifs de l'affaire, melant des faits averes (Seal operait effectivement a partir de Mena, il travaillait pour la DEA et avait des liens avec les Contras) a des extrapolations considerables (implication de Clinton, ampleur du trafic transitant par Mena).
Affirmations clés
L'administration Reagan a vendu illegalement des armes a l'Iran malgre un embargo (FAIT AVERE)
Les profits ont ete detournes pour financer les Contras au Nicaragua en violation de l'amendement Boland (FAIT AVERE)
Oliver North a coordonne un reseau clandestin ('The Enterprise') pour ces operations (FAIT AVERE)
Reagan et Bush etaient au courant de l'ensemble des operations (PARTIELLEMENT CORROBORE - la connaissance de Reagan des ventes d'armes est avere, pas du detournement)
William Casey (directeur CIA) etait l'architecte veritable du dispositif (PLAUSIBLE MAIS NON PROUVE - Casey est mort avant de temoigner)
La CIA a facilite le trafic de cocaine des Contras pour financer les operations (PARTIELLEMENT CORROBORE par le rapport Hitz de 1998)
Le crack cocaine dans les quartiers noirs americains est une consequence directe de la complicite CIA-Contras (SPECULATIF - Webb n'a pas prouve le lien causal direct)
L'aeroport de Mena (Arkansas) etait une plaque tournante CIA pour le trafic d'armes et de drogue (SPECULATIF)
Bill Clinton, gouverneur de l'Arkansas, avait connaissance des operations de Mena (SPECULATIF)
La grace presidentielle de Bush en 1992 visait a empecher que son propre role soit revele au proces de Weinberger (PLAUSIBLE)
Preuves POUR (7)
Les ventes d'armes a l'Iran et le financement illegal des Contras sont des faits averes, documentes par la commission Tower, les audiences du Congres et l'enquete Walsh
Source : Commission Tower (1987), audiences du Congres (1987), rapport Walsh (1993)
Force : fort
14 personnes ont ete inculpees et 11 condamnees dans le cadre de l'enquete Walsh
Source : Bureau du procureur independant Lawrence Walsh
Force : fort
Le rapport Kerry Committee (1989) a documente l'implication de trafiquants de drogue dans les reseaux d'approvisionnement des Contras
Source : Senate Foreign Relations Subcommittee on Terrorism, Narcotics and International Operations, 1989
Force : fort
Le rapport de l'inspecteur general de la CIA (1998) confirme que la CIA avait connaissance du narcotrafic de ses allies Contras et avait obtenu une exemption du DOJ pour ne pas le signaler
Source : CIA Inspector General, Volume II, 1998
Force : fort
L'accord CIA-DOJ de 1982 exemptant la CIA de l'obligation de signaler le narcotrafic de ses actifs est un document reel
Source : CIA Inspector General report, 1998
Force : fort
Danilo Blandon a confirme sous serment lors du proces de Ricky Ross avoir travaille pour les Contras tout en trafiquant de la cocaine
Source : Temoignage au proces de Ricky Ross, 1996
Force : fort
Les graces presidentielles de Bush en 1992 ont empeche le proces de Weinberger qui aurait pu reveler le role de Bush lui-meme
Source : Reaction de Walsh aux graces, rapport final 1993
Force : moyen
Preuves CONTRE (4)
Le rapport Hitz ne confirme pas que la CIA ait deliberement orchestre l'introduction du crack dans les communautes noires
Source : CIA Inspector General report, 1998
Force : fort
L'epidemie de crack avait de multiples causes et ne peut etre reduite a une seule source d'approvisionnement
Source : Etudes epidemiologiques, analyses historiques
Force : fort
Les allegations concernant Mena, Arkansas et l'implication de Clinton ne sont pas corroborees par des preuves solides
Source : Enquetes journalistiques, absence de poursuites
Force : moyen
Le suicide de Gary Webb a ete confirme par le medecin legiste malgre les deux balles dans la tete (phenomene rare mais documente medicalement)
Source : Rapport du medecin legiste du comte de Sacramento
Force : moyen
Chronologie
Revolution sandiniste au Nicaragua (1979). Revolution iranienne et crise des otages (1979-1981). Election de Reagan (1980)
La CIA finance les Contras. Le Congres adopte l'amendement Boland interdisant cette aide (1982, renforce en 1984)
Accord secret CIA-DOJ exemptant la CIA de signaler le narcotrafic de ses actifs (revele par le rapport Hitz en 1998)
Debut des ventes d'armes a l'Iran via Israel (missiles TOW en aout, Hawk en novembre)
Ventes directes d'armes a l'Iran. Detournement des profits vers les Contras. Assassinat de Barry Seal (fevrier). Un avion charge d'armes pour les Contras est abattu au Nicaragua (octobre)
Le magazine libanais Ash-Shiraa revele les ventes d'armes. Le scandale eclate publiquement
Rapport de la commission Tower documente les operations
Audiences televisees du Congres. Temoignage d'Oliver North
Enquete du procureur independant Lawrence Walsh. 14 inculpations, 11 condamnations
Bush gracie six personnes impliquees dont Weinberger
Gary Webb publie 'Dark Alliance' dans le San Jose Mercury News, alleguant un lien CIA-Contras-crack
Les grands journaux americains critiquent Webb. Le Mercury News se desolidarise partiellement
L'inspecteur general de la CIA Frederick Hitz publie un rapport corroborant partiellement les allegations de Webb
Suicide de Gary Webb (deux balles dans la tete)
Le film 'Kill the Messenger' avec Jeremy Renner popularise l'histoire de Webb
Factchecks (1)
FC-0122 VRAI 50% Le Factchecker 2026-02-28
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Le scandale Iran-Contra est documenté
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